La Main Noire

Le 8 mai 1941, la Main Noire a fait explosé la voiture du Gauleiter Wagner, le chef de l’administration civile nazie en Alsace.

La Main Noire est un petit groupe constitué de 25 jeunes de 14 à 16 ans, presque tous apprentis et fils d’ouvriers, structuré en diverses cellules, doté d’armes et de locaux, qui s’est spécialisé dans la contre-propagande, le sabotage, et le renseignement. Ces jeunes sont presque tous tous apprentis et fils d’ouvriers, agissant pour la plupart à l’insu de leurs parents. Le groupe est crée sous l’impulsion de Marcel Weinum, alors agé de 16 ans. Le but est de combattre par tous les moyens possibles l’occupant nazi.

A partir du mois d’octobre 1940, la Main Noire multiplie sur les murs de Strasbourg croix de Lorraine et inscriptions patriotiques. Dès novembre, le groupe réalise une serie d’action dont le sabotage d’installations de chemin de fer et de postes de transmission de la Wehrmacht, le pillage des automobiles nazies en stationnement (ils en crèvent les pneus et récupèrent armes, papiers et tickets de carburant). En décembre 1940, la Main Noire commence à lancer des grenades contre les vitrines qui exposent le buste ou la photo de Hitler. Le groupe explore les fortins abandonnés de la ligne Maginot et y récupèrent toutes sortes de munitions, comme des cartouches, des grenades, ou de la dynamite, qui sont ensuite cachées près du domicile de leurs parents.

Marcel Weinum loue en 1941 un appartement qu’il paie avec l’argent venant de cambriolages de bureaux d’organisations nazies. Sur le mur, il affiche le drapeau français, le portrait du général de Gaulle et celui de Churchill. Équipé d’une machine à écrire, il rédige des tracts, le plus souvent signés « La Main Noire »  : « Alsaciens, levez-vous pour la Révolution ! » ; « Nous voulons redevenir français » ; « Vive Churchill ! » ; « Vive la France ! » ; « Vive de Gaulle ! » ; « Les Allemands devront quitter la France » ; « Alsaciens, levez-vous pour le combat de la liberté ». Ces tracts sont éparpillés dans la rue, distribués dans les boîtes à lettres, collés aux murs des immeubles ou même expédiés par la poste à certaines personnalités allemandes.

En avril 1941, Weinum, Entzmann et Nicolle récupèrent dans un fort des stocks de munitions. Après un essai infructueux d’attentat au Palais des Fêtes, lors d’une manifestation de la Jeunesse hitlérienne (Hitlerjugend), Weinum et Uhlrich réalisent, le 8 mai 1941l’attentat contre le Gauleiter Wagner. Pendant des mois, la nouvelle de l’attentat est passée sous silence, jusque Wagner exaspéré par la multiplication des actes de sabotage, réclame lors d’un discours public des mesures plus radicales « contre ceux qui en Alsace ont osé s’en prendre à la vie du représentant du Reich ».

Marcel Weinum

Né à Brumath, au nord de Strasbourg, le 5 février 1924, Marcel Weinum est d’abord mis en nourrice dans la famille Lebold. Marcel Weinum est le fils de Robert Weinum, boucher, et de Mathilde Marie Schneider, qui s’établissent à Strasbourg-Neudorf en 1936.

Il suit les cours de l’école de la maîtrise de la Cathédrale. Après le certificat d’études, il devient apprenti-dessinateur. Lorsque Strasbourg est évacué à la veille de la guerre, la famille est dirigée vers la Dordogne. Elle revient en Alsace en août 1940.

Dès le mois de septembre, Marcel Weinum entreprend de créer un mouvement de résistance : La Main Noire.

Le groupe s’est procuré des grenades au Fort Hoche en vue de les lancer contre les vitrines des magasins arborant des emblèmes nazis. Le 8 mai 1941, Marcel Weinum et Albert Uhlrich sont sur el point de jeter leurs grenades contre des vitrines lorsqu’ils repèrent la voiture du Gauleiter Robert Wagner, en stationnement devant le restaurant de la Marne. Ils lancent deux grenades à main dans la voiture et prennent la fuite.

Le 20 mai 1941, Marcel Weinum et son camarade Ceslav Sieradzki, orphelin polonais membre de La Main Noire, quittent Strasbourg à bicyclette pour remettre à un agent de l’Intelligence Service travaillant au consulat britannique à Bâle, les plans des terrains d’aviation d’Entzheim et de Haguenau. Égarés par le brouillard, ils sont interpellés par des douaniers. Marcel Weinum blesse l’un d’eux. Tous deux parviennent à s’échapper, mais sont bientôt rattrapés près de la frontière et transférés à la prison de Mulhouse pour des interrogatoires. Ni l’un ni l’autre ne parle, mais ils sont trahis par un codétenu de Sieradzki. En juillet 1941, tous les membres du réseau sont arrêtés.

Dix de ses membres comparaissent du 27 au 31 mars 1942 devant le Tribunal spécial de Strasbourg. Weinum est défendu par Me Eber et Albert Uhlrich par Me Léon Rapp. Avec un extraordinaire sang-froid et un sens étonnant de la répartie, Weinum prend sur lui la responsabilité de toutes les activités de la Main Noire et, malgré l’ardent plaidoyer des deux avocats, se retrouve seul condamné à mort. « Je suis fier, déclare-t-il devant le Tribunal, de donner ma vie pour la France. » Le 13 avril 1942, en prison à Stuttgart, il apprend le rejet de son recours en grâce. Il est décapité le lendemain à l’aube.

Sa dépouille est enterrée au cimetière de Cannstatt. En 1949, elle a été transférée au cimetière du Polygone, à Strasbourg-Neuhof. Marcel Weinum a été nommé, à titre posthume, sous-lieutenant des Forces Françaises de l’Intérieur (FFI), chevalier de la Légion d’honneur, médaille de la Résistance avec rosette et croix de guerre.

Ceslav Sieradzki, premier résistant d’Alsace mort pour la France

Ceslav Sieradzki est né à Barr le 16 juillet 1925 de parents immigrés de Pologne, qui se sont installés dans cette petite ville à Barr en 1924. À la mort de leur mère, en 1932, les quatre enfants sont placés à l’Hospice des orphelins de la ville de Strasbourg.

En 1939, le jeune Ceslav entre en apprentissage chez un boulanger de Strasbourg. Depuis l’invasion de la Pologne, il est passionnément anti-nazi. Il rencontre Weinum alors que la Main Noire vient tout juste d’être créée. Afin de se rendre plus disponible, il quitte son poste d’apprenti boulanger.

Ardent et intrépide, il sera toujours le premier de La Main Noire dans les entreprises les plus risquées. Dès l’automne 1940, à la demande de Weinum, il passe la frontière suisse pour établir le contact avec le consulat britannique à Bâle. Arrêté à la frontière à son retour et incarcéré à Mulhouse, puis à Strasbourg, il y restera de fin décembre 1940 à avril 1941 sans jamais parler de la Main Noire.

En juillet 1941, lorsque les membres de la Main Noire sont tous arrêtés, le cas de Ceslav Sieradzki est traité par les nazis d’une manière très différente. À leurs yeux, il n’est qu’un « ex-ressortissant polonais », et donc un sous-homme. Le 12 décembre 1941 au matin, Ceslav Sieradzki est transféré de la Centrale de Kehl au camp de Schirmeck où ses camarades sont déjà prisonniers. Le même matin, au camp de Schirmeck, certains de ses amis le voient pourchassé par des kapos armés de gourdins : « Une loque humaine ensanglantée, la tête rasée, témoigne Jean-Jacques Bastian, est piétinée sur le gravier. Mais la frêle silhouette se relève, étend les bras et crie ‘’Vive la France’’. » Quelques heures plus tard, les haut-parleurs annoncent que Ceslav Sieradzki a été fusillé « pour cause de résistance ». C’est la première fois qu’est utilisé en Alsace par les nazis le terme de « résistance ». Ceslav Sieradski, orphelin polonais, est ainsi le premier résistant d’Alsace mort pour la France

En 2002, la mention « mort pour la France » a enfin été attribuée à Ceslav Sieradzki dont les restes, probablement incinérés au camp du Struthof, ne reposent dans aucune tombe. Le 8 mai 2004, une plaque « square Ceslav Sieradzki » a été apposée sur une place proche du lycée de Barr en présence du consul de Pologne.

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