Léon Heyer : combattant antifasciste !

Le témoignage de Léon Heyer illustre l’attitude de ces jeunes incorporés de forces qui, une fois engagés sur le terrain, ont tout mis en œuvre pour quitter les unités de la Wehrmacht. Au prix de risques considérables, aussi bien du côté allemand que russe, ils allaient, dans la situation très particulière, poursuivre leur engagement de résistants dans le rang des partisans. Fils d’un mineur de postasse qui a été sanctionné suite à la grève du 30 novembre 1938, Léon Heyer est embauché aux Mines de potasse par la société K.S.T. Elevé dans un milieu ouvrier anti-fasciste, il participe à l’age de 17 ans, malgré les risques, à la diffusion des informations de Radio Londres. Comme les camarades de sa classe, il est incorporé dans la Wehrmacht au mois de janvier 1943, au moment où Adolphe Hitler proclame la « Guerre Totale ». Lors de son départ, son père, larmes aux yeux, lui dit « Léon, tu as 19 ans, mais tu sais ce qu’il faut faire, le jour où tu seras sur le front russe. N’oublie pas que le peuple là-bas est aussi bon que le peuple français ».

Après une courte période de préparation militaire en Tchécoslovaquie, il  a été transféré dans la région de Baranowitch en Biélorussie. Cantonnée à Dovonoco, son unité reçoit des instructions spéciales pour lutter contre les « bandits » soviétique dont la région est « infestée ». Pour que la formation puisse fêter Pâques, son détachement reçoit comme mission de chercher du ravitaillement à Bialistok. Tout au long de la route, des panneaux signalaient la présence de partisans (bandits). Quand il fut chargé, « (…) le convoi se relance, une heure avant la tombée de la nuit, en direction de notre garnison. Les soldats allemands ainsi que las accompagnateurs S.S. sont nerveux, alors que moi et un autre camarade alsacien, nous évoquions des souvenirs de notre pays ». Soudain, comme le raconte Léon Heyer :

« (…) c’est l’enfer. De tout côté crépite un feu nourri de mitrailleuses. Je saute du camion et je me retrouve dans le fossé. Le véhicule poursuit sa route pendant une dizaine de mètre et s’échoue au bord de la route. Tous les occupants sont tués, y compris mon camarade alsacien.

Je sors de ma cachette et me dirige vers les partisans, le canon de mon fusil dirigé vers le sol en criant « Je suis Français ». Heureusement il y avait dans le groupe un israélite qui parlait l’allemand, ce qui me permit d’expliquer ma présence et leur raconter le sort réservé aux Alsaciens par le régime hitlérien. Du fait que ne je parlais pas un mot de russe, les premières semaines ont été particulièrement difficiles. Après plusieurs semaines de vie commune avec mes nouveaux camarades, je demande à l’instructeur politique, Grigori Kirilov, de participer aux opérations commandos ».

Pour la suite du témoignage laissons la parole à Yvan Podvarkow, compagnon de lutte de Léon Heyer :

« Au mois de mai 1943, Léon a été affecté à un groupe d’embuscade. Le détachement stationnait sur la rive droite de la Stara (…). Après le repas, le groupe sortit du camp sous la direction du sapeur expérimenté Yan Kopylovitch. Comme Léon Heyer participe pour la première fois à une opération, la tâche qui lui incombe consiste à couvrir, avec d’autres partisans, les hommes chargés de poser les explosifs. (…) LE groupe se rapproche d’environ cent mètres du remblai de la voie ferrée. Trois hommes s’emparent de la charge d’explosifs et progressent en rampant vers la ligne de chemin de fer. Les autres, chargés de la couverture, sont plaqués contre la terre humide. Soudain, du côté de Zelwa, une conversation et des crissements de gravier. Léon ne se trompait pas : quelqu’un marchait sur le remblai (…). Effectivement précédée de deux hommes de troupe, une patrouille qui contrôlait la voie était arrivée à une trentaine de mètres des mines qu’avaient posées les camarades du détachement de partisans. Pour les Allemands, découvrir les mines équivalait à sauter avec elles ou alors à être abattus par des rafales de mitrailleuses (…). La patrouille poursuivait le contrôle sans remarquer les explosifs. « Ils sont passés, soupira doucement le camarade à côté de Léon, maintenant attendons nos hôtes ». (…) On apercevait déjà la tête du train dans les lumières de la locomotive qui éclairaient la voie. Soudain, c’est l’explosion, un fracas énorme brisa le silence au dessus de la forêt. Telle une bête blessée, la loco s’enfonçait dans le remblai et les traverses, alors que les wagons s’enchevêtraient l’un dans l’autre dans un bruit assourdissant de métal tordu.

Au commandement, les partisans ouvraient le feu. Certains camarades tiraient avec des balles incendiaires et bientôt trois wagons étaient en feu. Une fusillade sporadique éclata au moment même où derrière la forêt montait une fusée éclairante. La garnison allemande située à quelques kilomètres du lieu avait donné l’alarme. Sur ordre de Kopylovitch, le groupe se replia. Au pas de course, le détachement courait, pour s’arrêter sur ordre de Yan, dans la forêt pour contrôler si tous était bien présents ».

Ce fut le premier engagement de Léon Heyer avec les partisans de Biélorussie. Léon Heyer avait maintenant la confiance du groupe et il participe à de nombreuses missions de sabotages et d’attaques à main armée de convois allemands.

Un des derniers engagements de Léon contre les occupants allemands se situait avant la libération de Minsk et de la Biélorussie, au cours de l’été 1944, à Ostrovo. La ville qui était un des bastions des partisans avait été occupée par les troupes allemandes qui envisageaient de liquider les nids de résistance situés dans la région. Selon Léon Héyer :

« d’Ostrovo à la forêt des partisans, il n’y avait qu’une seul voie d’accès. Des deux côtés de la route, il y avait les marais. Lorsque les détachements allemands se mirent en route en direction de notre forêt, les premier groupe, dont je faisais partie, reçut l’ordre de contourner, à travers les marais, le détachement ennemis avec comme objectif de leur couper la retraite. Les pertes allemandes furent importantes, néanmoins Ostrovo restait occupée. Cette occupation entravait nos déplacements et nous coupait de notre ravitaillement. Il nous fallait déloger l’ennemi. En pleine nuit, nous nous approchions jusqu’à la limite de la localité. Il fallait surprendre les occupants. Dès le signal de l’attaque, nous envahissons les premières maisons. La première maison dans laquelle j’entre, trois soldats allemands se rendent. D’autres prisonniers seront faits au cours de l’opération. Les allemands surpris sont en déroute et Ostrovo est reprise par les partisans. Fin juin début juillet 1944, l’Armée Rouge lance son offensive d’été qui va l’emmener sur les bords de la Vistule. Nous avons l’ordre de couper la retraite aux troupes allemandes en minant les routes et les chemins. Toutes les nuits, nous posons des mines pour couper les voies de communication et infliger à l’ennemi des pertes matérielles considérables ».

Léon termine son récit en déclarant :

« (…) j’avais appris à tuer parce que c’était indispensable pour l’Union Soviétique mais également pour mon pays. J’avais aussi appris à aimer tous les hommes du monde, sans distinction de leur couleur, de leur race, puisque tous aspirent à vivre librement et dignement ».

Extrait de : L’Alsace Résistante, De juin 1940 à février 1943, Léon Tinelli, p139-143,  publié par l’Institut CGT Alsace d’Histoire Sociale, 16 Boulevard de la Victoire, 67000 Strasbourg

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